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Compte-rendu de la venue de Salah Hamouri à Niort

Jeudi 12 avril, l’ensemble des Comités France Palestine de la région Poitou-Charentes ont accueilli Salah Hamouri à Niort pour une soirée, accompagnée de Jean-Claude Lefort. Le Comité Poitevin était présent avec 5 de ses membres.

Libéré à la fin de l’année 2011, après 7 années de prison, il nous a raconté avec beaucoup de pudeur, non pas ce qu’il a vécu, lui, mais toute la souffrance de ses camarades emprisonnés et notamment le terrible enfermement des enfants dont certains ont 8 ans. Ils sont isolés, à part, livrés à eux-mêmes, sans un adulte pour leur faire la lecture ou les distraire.

Après sa sortie de prison, Salah a pu sortir de Palestine début avril, il vit à Jérusalem Est, pour entamer une tournée en France, afin de poursuivre l’engagement qu’il a pris de continuer à défendre ses frères, soeurs et les enfants, prisonniers politiques, dont certains sont enfermés sans jugement.

Il nous a également parlé de la solidarité indéfectible des prisonniers palestiniens entre eux, pour améliorer, leur sort, en prison, malgré les brimades et les changements de prisons fréquents pour briser les liens. Il est ressorti, plus déterminé que jamais à défendre la Palestine contre l’occupant

Nous en sommes sortis très humbles face à la maturité de Salah, qui a 27 ans aujourd’hui.

Une campagne pour tous les prisonniers palestiniens qui sont environ 4 500, selon les périodes, est en marche, pour qu’on ne les oublie pas.

Pierrette Réau

Conférence Salah Hamouri à Niort le 12 avril 2012 – 1ère partie :

Conférence Salah Hamouri à Niort le 12 avril 2012 – 2ème partie :

Salah Hamouri : « Je n’ai pas été défendu comme un vrai citoyen français »

Sept ans. Il aura fallu presque sept ans pour que le jeune Franco-Palestinien Salah Hamouri recouvre le goût de la liberté. Une peine purgée dans sa quasi-totalité pour que le président Nicolas Sarkozy intervienne en sa faveur, à l’occasion de la seconde vague de libération de 550 prisonniers palestiniens obtenue par le Hamas, en échange de la libération du soldat franco-israélien Gilad Shalit. Pourtant, sept années durant, Salah Hamouri, accusé d’avoir participé à un complot visant à assassiner le rabbin ultraorthodoxe Ovadia Yossef, n’a cessé de clamer son innocence. D’autant que l’acte d’accusation du jeune homme de 26 ans repose sur un complot « loin de la réalisation » et avec « des éléments essentiels manquants ». Dans une interview au Point.fr, le Franco-Palestinien explique pourquoi Paris a fait véritablement preuve d’un « deux poids deux mesures » entre son cas et celui du soldat Gilad Shalit.

Salah Hamouri, quand avez-vous appris votre libération ?
Salah Hamouri : J’ai été transféré de ma prison mercredi dernier à six heures du matin vers un autre centre pénitentiaire du nord d’Israël, où j’ai passé une nuit. Cela a recommencé le jeudi, à 6 h 30, où j’ai été transféré dans une autre prison, au Nord, où j’ai cette fois passé sept heures. C’est là que la Croix-Rouge m’a annoncé que mon nom figurait sur la liste de la seconde vague de prisonniers palestiniens libérés. J’ai été ensuite à nouveau déplacé dans une prison, du Sud cette fois. J’y ai passé les trois derniers jours, totalement isolé, avant ma libération dimanche à 22 heures.

Comment avez-vous réagi à cette annonce ?
Recouvrer la liberté est tout simplement extraordinaire. C’est comme une renaissance pour moi. Mais je n’arrive même pas à l’exprimer avec des mots. La liberté était ce qu’il y avait de plus cher à mes yeux.

Vous attendiez-vous à être libéré ?
Ayant fini ma peine, je devais normalement être libéré le 28 novembre. Mais les autorités israéliennes en ont décidé autrement. Ils ont annulé une loi administrative qui retirait une semaine à chaque année de condamnation (cette loi autorisait la justice militaire israélienne à convertir au cours d’une même peine les années civiles – 365 – en années administratives – 345 jours. Dès lors, le Franco-Palestinien devait passer 140 jours supplémentaires en prison, et ne pas sortir avant mars 2012, NDLR). Après la première vague de libération de prisonniers, cette mesure permettait ainsi à la justice de remplir ses quotas de prisonniers palestiniens en nous maintenant en prison.

Le président Sarkozy est intervenu en votre faveur auprès du rabbin Ovadia Yossef. Avez-vous davantage d’informations à ce sujet ?
Je continue de croire que ma libération a été obtenue grâce aux efforts depuis sept ans de mon comité de soutien en France, présidé par Jean-Claude Lefort (député honoraire communiste, NDLR). C’est ce soutien qui a accentué la pression sur le gouvernement français afin qu’il utilise à son tour ses moyens de pression sur le gouvernement israélien pour obtenir ma libération. Celle-ci est la conséquence directe du travail acharné de mon comité de soutien.

Comment considérez-vous l’action du gouvernement français qui a demandé votre libération au bout de sept ans ?
L’intervention du gouvernement français n’est arrivée que trop tardivement. J’aurais voulu être libéré il y a des années. Or, pendant tout ce temps, les demandes de libération formulées par Paris n’étaient que trop timides. Je n’ai pas été défendu comme un vrai citoyen français.

Estimez-vous avoir été traité de la même façon que le soldat franco-israélien Gilat Shalit ?
Il est clair que, pendant toutes ces années de détention, il y avait une différence entre moi, un civil, et Gilad Shalit, un soldat. Malheureusement, la France n’a pas réagi sur les bases du droit international.

Receviez-vous en prison des informations sur la mobilisation en votre faveur ?
Mes amis et mes parents m’en informaient. Cela a été quelque chose de magnifique pour moi, et cela m’a soutenu psychologiquement. Cela m’a donné d’autant plus de foi et de croyance. La nécessité d’une amitié profonde entre tous les peuples.

Vous avez donc entendu parler du soutien de François Cluzet, et de la polémique qu’il a suscitée…
Cet acteur a réalisé un geste tout bonnement héroïque, qui m’a énormément touché. Je l’ai d’ailleurs contacté et remercié depuis ma cellule. En s’exprimant au 13 heures de France 2 à mon sujet, François Cluzet a fait un choix d’autant plus admirable qu’il a subi par la suite beaucoup de pressions diverses… C’est pourtant ce que l’on appelle la liberté d’expression.

Comment avez-vous été traité en prison ?
Comme tous les prisonniers palestiniens, nous vivions dans des conditions difficiles, à huit par cellule. Les Israéliens nous mettaient constamment sous pression, de toutes les façons possibles. On nous empêchait par exemple de recevoir des livres, d’étudier, ou parfois de recevoir des visites.

Pourquoi avez-vous mené une grève de la faim en septembre ?
Je n’étais pas seul. Nous étions 234 prisonniers politiques à protester contre l’aggravation de nos conditions de détention depuis l’enlèvement du soldat Shalit. Cela m’a valu une semaine d’isolement, sans possibilité de voir ni ma famille, ni mon avocat, ni même le consul de France. Mais au bout du compte, l’administration israélienne s’est résignée à accepter nos revendications, même si elles n’ont pas été appliquées à ce jour.

Vous avez été accusé d’avoir participé à un complot visant à assassiner le rabbin ultraorthodoxe Ovadia Yosef.
Les Israéliens continuent de parler de délit d’intention. Ma seule réponse, c’est que, pendant ce temps, 11 000 Palestiniens, dont 350 enfants, ont été arrêtés. C’est très grave. Du point de vue israélien, tout le peuple palestinien est condamné d’avance.

On vous accuse d’être un militant politique proche du Front de libération de la Palestine…
Je suis tout d’abord membre du peuple palestinien. Ce peuple, vivant sous l’occupation, est donc nécessairement politisé. J’ai toujours été militant pour les libertés de mon peuple. Ce droit à la liberté est reconnu au niveau international. Tous les peuples, les Français, les Vietnamiens et autres y ont droit. Je ne pense pas qu’il eût été acceptable en France de condamner la résistance du peuple français à l’occupation durant la Seconde Guerre mondiale. Par conséquent, je trouve inacceptable de condamner notre lutte. Notre peuple ne doit pas être exclu de l’histoire.

Maintenant que vous êtes libre, qu’allez-vous faire ?
Je vais rester quelques jours après de ma famille. Je vais ensuite essayer de me rendre en France pour remercier tous ceux qui se sont mobilisés pour moi. Je suis français, ne l’oubliez pas.

Pendant votre incarcération, les Palestiniens ont connu deux bouleversements majeurs. La demande de Mahmoud Abbas d’adhésion d’un État palestinien à l’ONU ainsi que les deux vagues de libération de détenus palestiniens, obtenues par le Hamas en échange de la libération de Gilad Shalit. Comment les avez-vous accueillies ?
Il existe bien évidemment une contradiction entre les deux méthodes. Je considère néanmoins les deux comme très importantes. Celle du Hamas m’a libéré, et celle de Mahmoud Abbas, je l’espère, permettra de libérer mon peuple.

(Mardi, 20 décembre 2011 – Propos recueillis par Armin Arefi)

Salah Hamouri sera libéré dimanche 18 décembre 2011

Le Franco-Palestinien Salah Hamouri sera libéré dimanche par Israël dans le cadre d’un échange de prisonniers palestiniens, a-t-on appris mercredi soir de sources officielles israéliennes. Salah Hamouri, 26 ans, apparaît sous le numéro 525 sur une liste de 550 noms de détenus palestiniens relâchés dimanche, publiée par les services pénitentiaires israéliens dans le cadre d’un accord d’échange qui a permis la récente libération du soldat franco-israélien Gilad Shalit.

Le rabbin Ovadia Yossef, dirigeant spirituel du parti orthodoxe israélien Shass, visé, selon la justice israélienne, par le projet d’assassinat pour lequel Salah Hamouri a été condamné, s’était dit favorable à sa libération, lors d’une rencontre, dimanche, avec l’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot. La France réclamait que le jeune homme, qui, selon l’administration pénitentiaire israélienne, ne pouvait pas être élargi avant mars, soit libéré dans le cadre de cet échange de prisonniers.

Né à Jérusalem de mère française et de père palestinien, Salah Hamouri a été arrêté le 13 mars 2005 et reconnu coupable en 2008 par un tribunal militaire israélien de projet d’assassinat du rabbin Yossef. Condamné à sept ans de prison, il a toujours clamé son innocence.

(Mercredi, 14 décembre 2011 – Avec les agences de presse)

Message de Denise Hamouri

Mesdames,
Messieurs,
Chers amis,

Alors que mon fils, Salah, devait sortir le 28 novembre, les autorités israéliennes en ont décidé autrement, de manière totalement arbitraire.

Bien sûr vous imaginez la déception énorme qui est celle de Salah et aussi celle de sa famille.

Mais je voudrais vous dire, en notre nom à tous, un « grand merci ». Un grand merci car depuis tellement longtemps vous vous êtes mobilisés en faveur de Salah et de la liberté – la sienne et celle de la Palestine.

Sans vous, qui êtes des dizaines de milliers, on ne parlerait même pas du tout de Salah et on n’aurait même pas fait attention à son sort pourtant injuste et terrible.

Merci vraiment car si Salah n’est pas sorti hier ce n’est pas par manque d’efforts de votre part mais bien malgré ces efforts. Vous n’avez rien à vous reprocher, au contraire vous pouvez être fiers de vous. On voit mieux, du coup, l’épaisseur du mur à percer et le poids et la détermination des forces adverses.

Aujourd’hui on me demande : « Mais que faire pour Salah ? »

Je vous répondrais : continuer à exiger sa libération et à élargir encore et encore le cercle des amis qui peuvent nous rejoindre dans cette cause qui dépasse le cas de Salah. Il sait, mon fils, tout ce que vous faîtes et il vous en est gré. Sachez-le.

Les autorités françaises nous ont contactés et ont contacté Salah en proposant de le placer dans la liste des prochains prisonniers palestiniens qui doivent sortir, théoriquement, à la mi-décembre.

Salah comme nous-mêmes, mon mari et moi, avons tous considéré que si cela devait se faire, il est impensable que l’on demande quoi que ce soit à Salah. Pas d’excuses, pas d’écrits d’aucune sorte, pas de signature, pas d’éloignement de sa terre natale. Sans conditions en un mot.

Nous en sommes-là. Nous n’avons aucune garantie que cela se fera. Mais nous refusons toute idée de discussion quant à sa sortie éventuelle. Cela a assez duré. Il ne s’est pas excusé hier pour « adoucir » sa peine, ce n’est pas aujourd’hui qu’il va le faire.

Je tenais à vous informer de cette situation. Verrons-nous notre fils à Noël ? Rien n’est fait, rien n’est certain. Nous avons encore besoin de vous !

Merci infiniment pour ce que vous avez déjà fait avec son Comité de soutien.

( Denise Hamouri, Jérusalem, le 29 novembre 2011. )