Journée de la Terre Châtellerault le 28 mars 2015

Chers amis de la Palestine,

Ce rassemblement à l’occasion de la 39ème Journée de la Terre palestinienne est organisé par le Collectif Palestine 86, un collectif créé en juillet 2014 sous l’impulsion du Comité poitevin Palestine, pour organiser la protestation contre la guerre menée par Israël contre la Bande de Gaza. Constitué d’organisations attachées à la défense du droit des peuples à l’autodétermination, à la non ingérence dans les affaires intérieures, au respect du droit international et des Conventions internationales comme moyen de règlement des conflits, ce Collectif revendique la fin du blocus de Gaza, la fin de l’occupation et le démantèlement de toutes les colonies israéliennes, illégales en droit, la création d’un Etat palestinien indépendant, la reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens, conformément à la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU du 11 décembre 1948.

Nous avons intégré ce rassemblement dans le cadre de la célébration de la Journée de la Terre palestinienne, journée qui commémore la répression violente, par l’armée israélienne, des Palestiniens devenus des « Arabes d’Israël » après 1948, en grève contre la confiscation de leurs terres le 30 mars 1976. Une répression qui s’est soldée par 6 Palestiniens tués, plus d’une centaine blessés et plus de 300 emprisonnés dont certains le sont toujours aujourd’hui.

Cette journée du 30 mars est célébrée comme Journée de la Terre en Palestine et partout dans le monde, parce qu’elle symbolise l’attachement des Palestiniens à leur terre et l’unité de tous les Palestiniens qu’ils vivent en Territoires occupés (Gaza, Cisjordanie, Jérusalem), qu’ils aient été expulsés en 1948 ou en 1967, et qu’ils soient réfugiés dans des camps en Palestine ou hors de Palestine, qu’ils soient exilés.

Mais c’est aussi pour rappeler que nous n’avons pas oublié le massacre à grande échelle commis par Israël contre la population de Gaza cet été, la 3ème opération de ce genre en 6 ans, que cette population continue à souffrir des conséquences de cette barbarie et tente de survivre dans le froid d’un hiver rigoureux, dans des habitats de fortune (parfois de simples tentes), soumise aux coupures de fioul et d’électricité, privée d’eau potable et de médicaments, au milieu des tonnes de gravats et des canalisations éventrées. Quelques photos ici exposées rappellent quelles sont les conditions de vie des Gazaouis 7 mois après le cessez-le-feu. Nous n’avons pas oublié les promesses de dons pour la reconstruction restées lettres mortes obligeant l’office de secours aux réfugiés, l’UNRWA, à faire des coupes sombres dans ses programmes déjà étranglés par 7 années de blocus. Nous n’avons pas oublié non plus le rôle de l’Egypte qui joue si bien le supplétif israélien en édifiant un mur le long de sa frontière avec la bande Gaza, terminant ainsi l’encerclement de population gazaouie dans ses 200 km² de prison à ciel ouvert. Or les deux tiers de la population de Gaza ont moins de 25 ans. Imagine-t-on ce que cela peut provoquer comme tension chez ces jeunes privés de toute liberté de mouvement et de toute perspective ?

Nous n’oublions pas non plus que la colonisation se poursuit à grande échelle en Cisjordanie et à Jérusalem.

Commémorer la Journée de la Terre, c’est rappeler tout cela mais aussi que la question des réfugiés demeure la question fondamentale du conflit Israël / Palestine dans lequel dépossession, déni, démolition sont les maîtres mots de la politique sioniste qui jour après jour absorbe plus de terres palestiniennes et tente de faire disparaître jusqu’à l’existence même des Palestiniens.

La crispation des débats sur le thème de « choc des civilisations », déjà entamée avant les attentats parisiens de janvier, a pris depuis lors une nouvelle ampleur dans notre pays. La question palestinienne est en train de devenir un sujet tabou dont on ne peut parler qu’en prenant un luxe de précautions. Le religieux est mêlé au politique et la condamnation de l’idéologie raciste qu’est le sionisme est peu à pu en train d’être pénalisée. Pourtant, si on reste matérialistes et qu’on s’en tienne aux faits, cette question est relativement simple et s’inscrit dans l’histoire coloniale des puissances occidentales : la spoliation d’un peuple de sa terre.

Le résultat des élections législatives en Israël montre que les Israéliens « ont choisi la voie du racisme, de l’occupation et de la colonisation » comme le souligne le secrétaire général de l’OLP, Yasser Abded Rabo. C’est un message clair de soutien à Benjamin Netanyahou et à sa politique de guerre permanente, lui qui a déclaré « Tant que je serai premier ministre, il n’y aura pas d’État palestinien ». Voilà de quoi enlever toute illusion sur une évolution favorable de la situation.

C’est pourquoi nous ne devons pas attendre qu’Israël lance une nouvelle guerre contre la population palestinienne pour nous mobiliser et réclamer des sanctions contre Israël. C’est le sens de ce rassemblement ici et aujourd’hui et nous vous invitons à nous rejoindre dans notre campagne pour le boycott de tout produit israélien, que ce soit des produits alimentaires ou de consommation, ou que ce soit des produits culturels ou sportifs.

Oui Israël doit être isolé et mis au ban des nations tant qu’il ne respectera pas les lois des nations et ne mettra pas fin à son oppression coloniale contre les Palestiniens. Oui les réfugiés palestiniens doivent être indemnisés et ceux qui le désirent doivent pouvoir rentrer chez eux. Oui la justice est la condition nécessaire à la paix.

Vive la résistance palestinienne ! Palestine vivra, Palestine vaincra!


Voici ce qu’écrit Chris Gunness, directeur de l’Agence des Nations Unies pour les secours aux réfugiés de Palestine, le 21 février dernier sous le titre Reconstruction de Gaza : les enfants sont les premières victimes lorsque le monde trahit ses promesses

La violente tempête hivernale appelée « Huda » et qui a frappé la Bande de Gaza au mois de janvier dernier a fait plusieurs victimes ; la plus jeune n’était âgée que de quarante jours. La petite Salma est morte d’hypothermie après que l’eau glaciale de la pluie ait trempé et inondé son petit corps.

J’ai rencontré la maman de Salma, Mirvat, ainsi que les quatorze membres de la grande famille dans le lieu-même, c’est-à-dire la pièce, où Salma avait passé sa dernière nuit. La famille vit toujours à Beit Hanoun, au nord de Gaza, dans une minuscule construction en bois, recouverte de plastique. Lorsque j’avais aperçu cette habitation depuis la route, je m’étais dit qu’elle abritait certainement des animaux. Les vents mordants font agiter et claquer sans répit la couverture qui fait office de porte. Il pleut, et l’eau inonde tout l’intérieur.

« Il y avait un violent orage le soir de sa mort. Nous étions tous mouillés mais la plupart ont réussi à trouver le sommeil. La pluie s’est infiltrée et a trempé les couvertures de Salma. Je l’ai trouvée toute tremblante. Son corps tout petit avait gelé comme de la crème glacée. Nous l’avons prise à l’hôpital, mais c’était trop tard, le docteur était venu annoncer la nouvelle de son décès. Mon adorable petite pesait 3.1 kg à la naissance. Elle avait une bonne santé et aurait pu être encore en vie si nos maisons n’avaient pas été bombardées et nous avec, pour enfin atterrir dans un abri pareil. »

Dehors, j’ai rencontré la belle-sœur de Mirvat. Agée de 28 ans, Nisreen a perdu son fils, un môme de 50 jours, dans l’école de l’UNRWA où la famille s’était réfugiée. « La mort de Moemen était inattendue. Il n’y avait rien que l’on pouvait faire pour le sauver. J’ai senti qu’il était froid. Je l’ai couvert et je l’ai posé pour qu’il dorme. L’enfant dormait sur mes genoux et lorsque je me suis réveillée le matin, il était tout bleu. Moemen était mort. J’ai attendu cinq ans pour avoir un garçon, et voilà qu’il est parti, comme s’il n’avait jamais existé. »

Jibril est un excellent grand-père, même d’après les standards de Gaza. Deux des quatre enfants Gazaouis morts par hypothermie au cours des dernières semaines étaient ses petits-enfants. Il affirme que la guerre lui a volé son passé et son avenir : « Ma maison n’est plus que ruines, complètement rasée. J’ai travaillé dur pendant plus de quarante ans comme agriculteur. Je subvenais aux besoins de ma famille. Sauf qu’en l’espace de quelques instants, tout est parti en l’air. J’ai tout perdu. Ils ont même détruit la parcelle de terrain agricole que je possédais et qui, pendant dix-sept ans, était plantée de citronniers. Là où les bulldozers israéliens passent, l’herbe ne repousse plus. »

Pour Jibril, la mort de ses petits-enfants incombe principalement aux donateurs qui n’ont pas su respecter leur engagement. « Les donateurs internationaux sont à blâmer, ils ont tué ces bébés, » m’a-t-il dit. « Ils ont promis de débloquer des milliards pour Gaza. Où est cet argent ? Nous avons besoin de maisons, et non pas de promesses. L’UNRWA est à court d’argent et ne peut rien réaliser sans aide financière. »

L’histoire de Gaza est un puzzle et sa reconstruction physique et matérielle n’en constitue qu’une pièce. Si Salma et Moemen avaient survécu, quel avenir leur serait réservé ? La prochaine génération Gazaouie est traumatisée, choquée, brutalisée et maltraitée. Les espaces récréatifs où ils peuvent jouer sont jonchés de quelques 8000 pièces de restes explosifs de la dernière guerre.

Chaque enfant Gazaoui, ou presque, a le plus souvent assisté à ce qu’un membre de la famille ou un ami soit tué, blessé ou handicapé pour toujours. Mille des trois mille enfants blessés durant le conflit sont susceptibles de souffrir de déficiences physiques pour le restant de leurs vies. Si Salma et Moemen étaient encore en vie, ils se seraient, une fois adultes, retrouvés dans un marché de l’emploi frappé par un taux de chômage sans précédent grimpant à 47% au troisième trimestre de l’an dernier. Les coupures d’électricité durent en moyenne 18 heures par jour. Environ 90% de toute l’eau de Gaza n’est pas potable.

Et cette situation dans laquelle gît Gaza n’est pas le résultat d’une catastrophe naturelle. Elle est l’œuvre de l’homme, la conséquence de choix politiques délibérés.

Une autre crise majeure peut être évitée. Si nous mobilisons les ressources politiques, financières et morales pour sortir de l’impasse, nous pourrons rendre à Gaza son avenir. Certes c’est trop tard pour Salma et Moemen, mais pas pour la génération future, nous avons encore du temps pour agir dans l’intérêt de quelques 950.000 enfants qui ne veulent certainement pas subir le même sort des bébés Salma et Moemen.

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Un printemps d’espoir – Ziad Medoukh 21 mars 2015

Malgré notre souffrance infinie,

Nous attendons cette saison.

Malgré l’enfer à ciel ouvert  de Gaza,

Malgré le mur de la honte de Cisjordanie,

Malgré l’horreur au quotidien

En dépit de toutes les actualités ténébreuses et macabres :

Crimes, larmes, sang, atrocités, deuils

Malgré  toute cette injustice,

Nous rêvons de la belle saison,

Saison de  paix, de lumière et de soleil en liberté,

Saison qui nous fait oublier l’année meurtrière sur notre rive écartelée,

Saison de belle abnégation et de belle résistance,

Saison de journée de la terre et de belle poésie,

La terre qui a bu tant de larmes et de sang,

Et la poésie

Si puissante,

Si profonde,

Un plaidoyer pour la paix,

Poésie qui permet  de pressentir la fragilité de la vie

Mais  qui en chante la beauté, qui en célèbre la splendeur

Avec les vifs élans du cœur.

 

Notre printemps même oublié est un jardin fleuri,

C’est un ciel décoré de brillantes étoiles

Il  efface le souvenir de toutes les  nuits pénibles

Il  ensoleille nos monts, nos collines et nos vallées

C’est un printemps qui se moque du vacarme  abominable des bombardements.

Quand le printemps palestinien est là,

Il fait toujours beau.

Sa beauté ne laisse personne indifférent

C’est un printemps de joie et de sourire

Et pour nous,  chaque sourire est un combat gagné !

 

Avec le printemps, il est possible d’arracher une ligne d’espoir

Avec le printemps,

Notre peuple  garde en lui confiance, fierté, union,  solidarité et vigueur

Et nos enfants retrouvent légèreté, insouciance et rire.

Au printemps, la colombe de la paix déploie ses ailes.

La terre se révolte contre les oppresseurs.

Les pierres sont vivantes

Et  les oiseaux n’ont pas besoin de ciel pour voler.

Notre martyr est capable de creuser sa tombe dans la liberté du vent

Avec notre printemps, nous semons la paix, alors qu’eux  sèment la haine

Eux qui brûlent nos  jeunes oliviers de paix

Que nous avons plantés

Dans le champ d’herbe verte,

Un champ gorgé de sang,

Un champ de ruines labourées par nos larmes

Un champ d’horreur dans une Palestine meurtrie.

 

Notre printemps est riche de sensibilité, de souvenirs, de sagesse et de sérénité

Il transforme notre rire en mélodie et notre visage en un beau paysage

Il résiste jusqu’à l’éclosion de la lumière

Il défie le silence mortel et l’immobilisme macabre

Il   apporte un sourire aux opprimés de la vie

Avec son printemps, la Palestine reste digne et droite comme l’obélisque

Son printemps est la source du bonheur

Il est la nourrice de son noble espoir

Un espoir en des jours meilleurs où s’épanouissent les fleurs,

Un espoir inépuisable, un espoir inébranlable,

Un espoir palestinien dans un printemps palestinien !

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Le poème de Mahmoud Darwich « Identité » a été lu en arabe et en français. Vous pouvez l’écouter par Darwich lui-même  ici :  http://mahmoud-darwich.chez-alice.fr/poemes_palestiniens.html

et retrouver les paroles ici : http://mahmoud-darwich.chez-alice.fr/poemes_palestiniens.html