Un aller-retour express à Tel Aviv au goût amer

Attendue en Cisjordanie pour un baptême, samedi dernier, la présidente du Comité poitevin France-Palestine a été refoulée à la douane israélienne. Récit.

« On préparait ce voyage depuis le mois de mai et on se faisait une joie d’assister au baptême des filles de notre amie Juliet, à Bethléem… Cette expulsion, c’est vraiment dur à vivre ! »

La déconvenue a beau remonter à près d’une semaine, la Poitevine Sylvette Rougier a encore la voix teintée d’amertume lorsqu’elle évoque son aller-retour éclair à Tel Aviv, « en moins de 48 heures, dont 14 heures sur le sol israélien », sans avoir rien vu d’autre que l’aéroport et son centre de rétention.

« Tout avait pourtant bien commencé, ce vendredi 5 août, se souvient la présidente du Comité France-Palestine de Poitiers. A 7 h 15, un ami nous avait déposés à la gare de Poitiers d’où nous avions pris le train pour Toulouse-Matabiau. A l’aéroport de Blagnac, nous avions embarqué pour Francfort, à 18 h 45, sans mesure de sécurité particulière. Deux heures d’attente à Francfort et, là encore, nous embarquions pour Tel-Aviv sans fouille ni interrogatoire. Puis, 4 h 30 plus tard (soit à 3 h 30, heure locale), nous étions à Tel-Aviv. »

C’est Alex, l’ami de Sylvette, qui passe le premier à la douane et obtient son visa de trois mois sans difficulté, après un interrogatoire léger. « Quand mon tour arrive, c’est là que ça se gâte, raconte Sylvette. Après un examen assez long de mon passeport, le policier me fait répéter mon nom. Me demande celui de mon père. Puis celui de mon grand-père que je n’ai jamais connu… Et là, trou noir ! C’est le prétexte que prend le policier pour appeler une de ses collègues qui m’emmène à l’écart. » A ce moment de leur mésaventure, Sylvette et Alex (qui a décidé de rester avec son amie) veulent encore croire à une simple vérification de routine… Ils vont vite déchanter. Les interrogatoires s’enchaînent et la Poitevine comprend qu’elle est soupçonnée d’avoir participé à une manifestation en Israël et d’être membre de l’International Solidarity Mouvement. Finalement, la militante des droits de l’homme se voit signifier un refus d’entrer sur le territoire israélien au motif qu’elle aurait menti aux douaniers. « Menti à propos de quoi ? Sur quel point ? se demande Sylvette. Mystère : les deux responsables de la police des frontières ont refusé de me le dire, prétextant qu’ils n’avaient pas à se justifier… »

Connaître un Palestinien, c’est déjà un crime

Les deux ou trois coups de téléphone autorisés au consul de France à Jérusalem n’y changeront rien : le couple de Poitevins doit rebrousser chemin, après avoir passé plusieurs heures dans un centre de rétention. A 23 h 45, le samedi 6 août, ils sont de retour à Toulouse…

« A croire qu’en Israël, connaître un Palestinien, c’est déjà un crime, conclut Sylvette Rougier, amère. Israël pense-t-il améliorer de cette façon son image à l’extérieur ? » La question méritait d’être posée.

Laurent Favreuille
13/08/2011 – La Nouvelle République
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