Archives mensuelles : janvier 2011

Lettre ouverte à Madame Michèle Alliot-Marie

Madame la Ministre,

Comme beaucoup de Français, d’Israéliens et de Palestiniens, je suis avec intérêt votre visite au Proche-Orient. J’aurais souhaité vous rencontrer mais cela ne s’est pas fait… Emploi du temps charge, oubli… Pourtant, votre rencontre avec les parents du soldat Shalit était inscrite en bonne et due forme dans votre programme …. Une fois de plus, une politique du 2 poids 2 mesures… J’aurais souhaité vous rencontrer peut-être pour vous demander encore une fois d’intervenir pour la libération de Salah enfermé depuis 6 ans bien qu’ il n’ait commis aucun acte délictueux mais ce qui est possible au Tchad , au Mexique ou ailleurs ne l’est pas de toute évidence en Israël et « les efforts démesurés » de notre diplomatie n’ont pas eu le résultat espéré…

J’ai suivi avec intérêt votre déplacement à Gaza ou un comité des familles de prisonniers palestiniens vous a accueillie avec une certaine agressivité.

Madame la Ministre, quelle maladresse de votre part d’aller à Gaza suite à votre visite a la famille du soldat Shalit … vous n’ignorez pas que des milliers de palestiniens de Gaza sont enfermés dans les geôles en Israël sans avoir droit à des visites familiales depuis la capture de Shalit et même bien avant pour certains… Peut- être ignorez vous qu’ils n’ont pas droit au courrier et sont coupés eux aussi de leur famille… Madame vous avez eu de belles paroles de réconfort pour les parents de votre compatriote Shalit mais vous n’avez pas dit un mot sur les 8000 prisonniers palestiniens, vous avez ignoré le cas de mon fils… Madame, si Shalit est d’après vous pris en otage par le Hamas, les prisonniers de Gaza qui n’ont plus droit de visite le sont aussi. Si la demande de visite de la CR pour le soldat Shalit est légitime alors les droits des prisonniers politiques palestiniens et ceux de Gaza pour commencer le sont aussi. Madame, les prisonniers palestiniens à commencer par ceux de Gaza ne sont pas des numéros ou des terroristes mais des êtres humains tout comme le soldat Shalit… Comme lui ils ont des parents, une femme des enfants …

Ce qui est vrai pour Shalit est vrai pour les autres, dont Salah, mon fils. Je crains que votre attitude ne nuise un peu plus encore à l’image de mon pays – la France – dans la région, et spécialement en Palestine. Je ne vous supplie pas de me recevoir. J’ai ma dignité, vous avez des responsabilités imminentes. Je suis fidèle à la mienne. L’êtes-vous aux vôtres ? Malheureusement : non

Mme Denise Hamouri,
Vendredi, 21 janvier 2011

Manifestation de solidarité avec la Tunisie interdite à Ramallah

L’Autorité palestinienne a empêché la tenue d’un rassemblement de soutien à la révolution tunisienne, qui devait avoir lieu ce mercredi 19 janvier, à Ramallah, la capitale politique de la Cisjordanie. Les quelque dizaines de manifestants qui ont bravé l’interdiction des autorités, se sont heurtés, lorsqu’ils sont arrivés sur le Manara, la grande place de la ville, à un rassemblement de militants du Fatah, le parti du président palestinien, Mahmoud Abbas.
Organisé pour défendre la cause des prisonniers palestiniens en Israël, cet évènement est tombé à point nommé pour servir de contre-manifestation. Le cordon de policiers autour du Manara et la présence parmi les manifestants de nombreux agents des moukhabarrat (services secrets) ne laissaient guère de doute quant à l’intention de l’Autorité palestinienne d’empêcher toute expression de solidarité avec la révolte du jasmin.
A peine un jeune Palestinien a-t-il commencé à agiter un drapeau tunisien, qu’un officier de police a arraché l’étendard, au motif qu’il perturbait la manifestation en l’honneur des prisonniers. « C’est incroyable, explique Omar Barghouti, l’une des figures de proue de la société civile palestinienne, qui était présent sur place. La police est en train de confirmer l’accusation selon laquelle l’Autorité palestinienne est du côté de Ben Ali [l’ex-président tunisien, chassé par la révolution] et qu’elle a aussi peur que lui du peuple et de la rue. Ben Ali est parti, mais il y a encore plein de Ben Ali au pouvoir dans le monde arabe et l’Autorité palestinienne ne veut surtout pas les froisser ».
Joint par Le Monde, Ghassan Khattib, le porte-parole du gouvernement palestinien, a appelé la police pour demander des précisions sur ce qui s’était passé. La police a répondu qu’ »un tel incident ne devrait pas arriver, et s’il est arrivé, nous le déplorons. Si nous recevons une plainte, nous enquêterons’.’
La décision de manifester en faveur de la Tunisie avait été prise par une poignée de jeunes Palestiniens, dont certains ont fait des études dans ce pays. Il s’agissait d’une initiative spontanée, en dehors de tout cadre partisan ou institutionnel. Le gouvernorat de Ramallah, responsable pour les questions d’ordre public, avait initialement donné son feu vert. « Mais un contre-ordre est tombé cinq minutes plus tard, en provenance de la Moqata’a, le siège de la présidence palestinienne, interdisant la manifestation et tout usage du drapeau tunisien », affirme Shawan Jabarin, le directeur d’Al Haq, une ONG de défense des droits de l’homme auprès de qui les organisateurs étaient venus chercher conseil. « Des contacts au sein du gouvernement m’ont confirmé qu’il y a une décision présidentielle pour interdire toute manifestation en dehors du cadre du Fatah, assure un organisateur qui requiert l’anonymat. Ils ont la trouille que la moindre étincelle mène à un soulèvement contre Israël ou bien que les gens demandent des comptes à l’Autorité palestinienne ».
Hasard ou non, le régime de Ramallah avait décidé entretemps d’autoriser une manifestation pour les prisonniers, à la même heure et au même emplacement que le rassemblement pour la Tunisie. Il s’agissait d’une réunion de soutien à la famille d’un détenu, victime d’un empoisonnement dans sa cellule en Israël. C’est ainsi que les manifestants pro-Tunisie qui avaient décidé de passer outre l’interdiction de la Moqata’a, ont vu leur voix étouffer par la sono et les slogans des Fatahwis, venus en nombre bien plus grand.
« Je ne sais pas s’il s’agit d’une manœuvre délibérée », explique un autre organisateur, qui demande lui aussi l’anonymat et qui se dit soucieux d’éviter toute confrontation avec l’Autorité palestinienne. « Nous n’avons pas voulu détourner l’attention de la question des prisonniers, qui est une priorité plus importante. C’est pour cela que nous avons accepté de reporter notre manifestation. Je ne sais pas si nous aurons un permis. L’Autorité palestinienne donne l’impression de ne pas vouloir prendre de position sur la question tunisienne ».
Au lendemain du départ du président Ben Ali, un communiqué de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) avait rendu hommage au « courage sans précédent » et au « sacrifice héroïque  » du peuple tunisien. Mais ce texte publié par Yasser Abed Rabbo, le secrétaire général de la centrale palestinienne, avait été désavoué peu après par un conseiller de Mahmoud Abbas, Ahmed Abdel Rahmane. « Nous souhaitons le meilleur pour la chère Tunisie et présentons nos condoléances aux familles des victimes et affirmons que nous maintiendrons les meilleurs relations avec la Tunisie », affirmait ce dernier dans une mise au point très prudente.
Après avoir été chassé du Liban en 1982 par une offensive israélienne, Yasser Arafat, alors chef de l’OLP, avait trouvé refuge en Tunisie. La direction du mouvement palestinien était restée dans ce pays jusqu’en 1994, date de son installation à Gaza. Durant cette période, elle avait noué de très bonnes relations avec le président tunisien Habib Bourguiba et son successeur, Zine El Abidine Ben Ali, aujourd’hui réfugié en Arabie Saoudite. ( Benjamin Barthe – Le Monde )

(Jeudi, 20 janvier 2011 – Avec les agences de presse)

Boycott : Vanessa Paradis annule son concert en Israël

La chanteuse française Vanessa Paradis, qui devait se produire le 10 février prochain à Tel-Aviv, a décidé d’annuler son concert, entendant ainsi les nombreuses voix qui lui demandaient de ne pas cautionner par sa présence l’apartheid israélien.

Samedi soir, à l’initiative de CAPJPO-EuroPalestine, une trentaine de militants BDS s’étaient notamment retrouvés devant le théâtre de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où la chanteuse se produisait, pour l’informer, elle et son public, des crimes commis par l’Etat d’Israël à l’encontre du peuple palestinien.

Nous lui avons offert une petite sérénade, une chorégraphie, et avons distribué à tous les spectateurs, sous forme de tract, la lettre ouverte à Vanessa Paradis signée par 19 artistes et intellectuels israéliens du mouvement Boycott From Within (Boycott de l’Intérieur).

Quelques heures plus tard, les producteurs du spectacle de Vanessa Paradis, Charles Bensmaine et David Stern, annonçaient l’annulation de l’étape Tel Aviv, officiellement pour « impératifs professionnels » de l’artiste.

MERCI VANESSA !

On peut lui écrire pour la remercier à :

Vanessa Paradis
Universal Music France
20 rue des Fossés Saint Jacques
75005 Paris

Publié le 16-01-2011  / CAPJPO-EuroPalestine

“Nous avons créé un monstre: l’occupation”

Yehuda Shaul, 28 ans, ex-officier de l’armée israélienne, est l’auteur de «Breaking the Silence», un livre événement à paraître en janvier où les combattants de Tsahal racontent leur intolérable comportement dans les territoires occupés à Gaza. Un entretien exclusif pour Paris Match.

Interview Catherine Schwaab – Paris Match (lire l’article original)

Paris Match. Votre livre est une bombe par ses révélations ; quel effet concret en espérez-vous ?
Yehuda Shaul. J’espère pouvoir enfin susciter une vraie discussion sérieuse en Israël car, cette fois-ci, nos témoignages sont innombrables, vérifiés, incontestables : il y en a 180 et nous en tirons une analyse, ce qui est nouveau.

Pensez-vous que l’opinion israélienne igno­re ce que signifie l’occupation militaire des territoires palestiniens ?
Le public a des clichés dans la tête qui incitent à l’approbation aveugle. Par exemple, en hébreu, la politique israélienne dans les territoires occupés se résume à quatre termes que l’on ne peut pas contester : “sikkul” (la prévention du terrorisme), “afradah” (la séparation entre la population israélienne et la population palestinienne), “mirkam hayyim” (la “fabrication” de l’existence palestinienne) et “akhifat hok” (l’application des lois dans les territoires occupés). En réalité, sous ces noms de code se cachent de terribles déviations qui vont du sadisme à l’anarchie et bafouent les plus élémentaires droits de la personne. Cela va jusqu’aux assassinats d’individus innocents dont on suppute qu’ils pourraient être des terroristes. Et je ne parle pas des arrestations arbitraires et des harcèlements en tout genre.

Quel est le but ?
Il est clairement défini : c’est de montrer la présence permanente de l’armée, de produire le sentiment d’être traqué, contrôlé, bref, il s’agit d’imposer la peur à tous dans la société palestinienne. On opère de façon irrationnelle, imprévisible, créant un sentiment d’insécurité qui casse la routine.

L’occupation des Territoires n’est-elle pas nécessaire pour éviter des “surprises” terroristes ?
Non ! L’occupation systématique ne se justifie pas car elle recouvre une série d’interdictions et d’entraves inadmissibles. Nous souhaitons en discuter maintenant. Ni au sein de l’armée ni au sein de la société civile ou politique on ne veut affronter la vérité. Et cette vérité, c’est que nous avons créé un monstre : l’occupation.

Peut-on espérer que de sérieuses discussions sur la paix améliorent la situation ?
Non, chercher à finir le conflit est une chose, finir l’occupation en est une autre. On est tous d’accord pour rechercher la paix, mais on oublie l’occupation. Or, il faut commencer par cela.

Vos témoignages révèlent l’incroyable impunité dont bénéficient les colons, véritables adjoints des mili­tai­res : ils brutalisent leurs voisins palestiniens, entraînent leurs enfants à l’agressivité et à la haine des Arabes…
En effet, mais ce ne sont pas eux le problème. C’est le mécanisme d’occupation qui leur a alloué ce pouvoir démesuré. Moi, quand j’étais militaire à Hébron, je ne pouvais pas arrêter un colon qui enfreignait ouvertement la loi sous mes yeux. Ils font partie de ce système immoral.

Pensez-vous trouver un soutien dans l’opinion israélienne ?
Pour l’instant, nous sommes minoritaires mais optimistes ! Il le faut car on vit des temps sombres, l’opinion israélienne est apathique, les gens en ont ras-le-bol. Et le prix à payer pour cette occupation n’est pas lourd. C’est pourquoi il n’y a pas de volonté politique. En revanche, le prix moral est énorme.

C’est la première fois que de telles révélations sont faites ?
Non, il y a un an, nous avions raconté les exactions infligées dans la bande de Gaza, et nous avions été attaqués de toutes parts : par l’armée, la société civile et la société politique. Netanyahou nous avait accusés d’avoir “osé briser le silence”. Mais quel silence ? C’est un silence honteux sur un scandale tonitruant ! Ils ont tout fait pour nous discréditer. Ils tombaient mal car nous sommes tous d’anciens officiers qui avons vécu ces événements pénibles.

Justement, pas mal de soldats et d’officiers qui s’expriment semblent traumatisés par ce qu’ils ont dû accomplir. Une souffrance qui perdure.
Oui… Enfin, ne nous trompons pas : les victimes, ce sont les Palestiniens qui endurent ce contrôle. Je me souviendrai toujours de la réponse d’un commandant de l’armée lors d’une discussion sur un plateau télé en 2004. Nous avions organisé une expo photo avec une vidéo des témoignages. Il m’a dit : “Je suis d’accord avec ce que vous montrez, mais c’est comme ça, il faut l’accepter, cela s’appelle grandir, devenir adulte.” Je suis resté sans voix.

Certains pensent qu’Israël a intérêt à maintenir le conflit et que les Palestiniens n’auront jamais leur terre.
C’est faux. Il est impossible d’éradiquer une population de 3,5 millions d’habitants. Le problème n’est pas de leur accorder une terre, il est dans l’obsession de vouloir les contrôler.

Les jeunes générations de 20-30 ans sont-elles plus perméables à votre point de vue ?
Toute ma génération n’est pas d’accord avec moi, mais aucun ne peut dire que je mens. Nous sommes tous d’ex-membres de l’armée nationale, nous avons payé le prix, nous avons gagné le droit de parler. Il faut que les esprits changent de l’intérieur.

Vous êtes juif orthodoxe et vous tenez un discours étonnamment ouvert. Votre foi vous aide-t-elle dans ce combat ?
Pas plus que ça… Mais je sais ce que signifie être un juif religieux : ne pas rester silencieux devant ce qui est mal. Et je veux apporter une solution, pas un problème.